En arpentant les ruelles pavées de Kastoria par une douce après-midi d’été, Patrick et moi avons soudainement été arrêtés par la silhouette majestueuse d’un vieux manoir, ses pierres dorées vibrant sous le soleil, lové contre un mur d’enceinte ancestrale. Face à nous, une plaque en bois, couverte de lettres grecques patinées par le temps, nous racontait déjà une histoire : « Archontiko Papaterpou. Don à l’Ordre Technique de Grèce, à la mémoire d’Alexandros Papaterpou. » Attirés par ce témoignage, nous avons doucement imaginé les vies qui s’étaient entrecroisées dans cette demeure : jadis résidence du Turc Mulla Ibrahim, ce bâtiment devint, après la libération, la maison de la famille Papaterpou, originaire de Nestorio. Ici, le passé se mêle au présent, car cet archontiko emblématique de Kastoria — l’un des manoirs les plus photographiés de la ville — a été offert à l’Ordre Technique de Grèce, une institution professionnelle fondée il y a plus d’un siècle. En déchiffrant la plaque, le nom d’Alexandros Papaterpou s’est imposé à nous : militaire grec, petit-fils d’un combattant de la Macédoine, résistant pendant l’occupation nazie et acteur de l’histoire contemporaine du pays. À travers ce don, c’est tout un pan d’humanité, de mémoire et de gratitude qui s’exprime, liant une famille, une ville et une nation dans une étreinte silencieuse. Nous campions là, saisis par l’émotion et la beauté du lieu, poignés par cette trace vibrante d’histoire humaine au cœur de Kastoria…
En nous promenant sur les hauteurs de Kastoria, Patrick et moi avons levé les yeux vers cette étonnante tour à l’horloge dont la silhouette jaune se détache sur le ciel bleu comme une sentinelle d’un autre temps. Il s’agit là du campanile de la Métropole, le clocher emblématique de la ville, qui veille depuis plus d’un siècle sur les ruelles pittoresques et les demeures de pierre. Inscrit dans le paysage et dans la mémoire de Kastoria, ce monument s’élève majestueusement devant la cathédrale de la Dormition de la Vierge Marie, rappelant la prospérité disparue de la cité grâce au commerce, la ferveur de ses habitants, ainsi que la générosité de Terpos Debeniotis, qui fit don de la cloche et de l’horloge. Chaque étage de cette tour de dix-neuf mètres semble raconter une histoire, battant le temps des processions et des fêtes, mais aussi celui des jours ordinaires, là où la vie poursuit son cours entre foi, traditions et hospitalité. À travers l’objectif et le silence de cet après-midi d’été, nous percevons la voix discrète de Kastoria, ville byzantine de macédoine, qui continue de transmettre ses secrets et sa fierté à tous ceux qui prennent le temps de lever la tête...
Lorsque Patrick et moi avons découvert l'avis de la célébration du premier anniversaire du décès de Maria Malegkanou, qui se déroulera le samedi 9 août à 8h30 du matin, quelque chose nous a touchés dans le regard bienveillant de cette dame de 87 ans qui nous souriait depuis sa photographie. Cette veuve de Damianou, originaire de Kastoria, portait dans ses yeux pétillants et lumineux toute la sagesse d'une vie pleinement vécue. En ce matin d'août 2024, quand les cloches de la cathédrale métropolitaine de Kastoria ont sonné pour son dernier voyage, nous avons imaginé les générations qu'elle avait chéries - ses enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants qui perpétuent son héritage. Ce qui nous émeut, c'est cette délicate attention de sa famille qui, plutôt que de demander des couronnes, a préféré honorer sa mémoire en soutenant les personnes âgées et les enfants autistes de sa région. Dans ce geste, nous reconnaissons l'empreinte d'une femme qui a certainement consacré sa vie aux autres, et dont la bonté continue de rayonner bien au-delà de son départ du vaisseau Terre. Maria Malegkanou, cette inconnue déjà devenue familière, nous rappelle que chaque vie porte en elle une beauté unique…



































































Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire