Après treize heures, nous prenons notre déjeuner au restaurant Allotino, voisin de l’hôtel. Il vient tout juste de rouvrir ses portes, après la parenthèse des congés d’été.
En grec, je demande à notre hôtesse :
— Quel est votre prénom ? [Ποιο είναι το όνομά σας — Pio íne to ónoma sas]
Elle rit, légère, et me répond :
— Cristina… comme Cristina Onasis, ajoute-t-elle avec un clin d’œil.
Avant de savourer des spaghettis aux légumes et à la feta, nous découvrons la saveur des « Prasokeftedes », des boulettes servies chaudes préparées à partir de poireaux finement hachés, mélangés avec divers ingrédients comme des herbes, de la farine, du fromage, puis façonnées et frites. Il s'agit d'une entrée traditionnelle grecque, particulièrement populaire dans certaines régions. Leur goût est doux et légèrement sucré grâce au poireau.
Le repas achevé, Dimitri nous emmène en taxi jusqu’aux grottes du Dragon, longtemps camouflées par les dépôts alluviaux, un joyau niché au bord du lac Orestiada, près du monastère de Panagia Mavriotissa. Là, George nous accueille chaleureusement. Patrick et moi entrons dans les grottes, découvertes dans les années 1940 par des explorateurs amateurs, et ouvertes au public en décembre 2009, avec un parcours aménagé contenant des ponts et un tunnel de sortie artificiel. Le site naturel fascinant, mêlant beauté géologique, histoire paléontologique et riche tradition légendaire, se dévoile. Nous pénétrons dans un univers de magnificence façonné par le flot du temps. Les stalactites et les stalagmites, patiemment sculptées par le flux des millénaires, composent une féerie figée et pourtant vivante, que la respiration discrète des siècles effleure à peine. Grâce à un aménagement muséographique, les accords planants de Vangelis enveloppent notre marche, comme la bande sonore d’un voyage dans l’imaginaire. Chaque grotte révèle un secret ancien, un éclat de la nature figé dans le silence humide. Nous avançons dans des entrailles creusées par le temps, entourés d’une fraîcheur constante entre seize et dix-huit degrés, tandis que l’humidité dense dépose sur nos peaux la mémoire invisible de la terre. Sous nos pas, les ponts enjambent des lacs souterrains limpides où le reflet des formations rocheuses danse en silence. Une légende murmure qu’un dragon jadis gardait ces lieux, veillant sur des trésors enfouis au cœur du rocher. Cette présence imaginaire semble encore vibrer dans l’air, enveloppant la grotte d’un mystère palpable, où se cachent parfois les ossements fossilisés d’ours des cavernes, témoins d’un âge révolu, égarés dans le temps, tels les vestiges d’un passé enfoui depuis dix mille ans. La nature ici est souveraine, une artiste silencieuse qui, sans hâte, a sculpté ces merveilles visibles et invisibles, suspendues dans un équilibre fragile entre ombre et lumière. En franchissant les tunnels, nous sommes emportés au-delà de nous-mêmes, dans un temps suspendu, dans un lieu où s’entrelacent le réel et le mythe, le silence et la poésie. Ce voyage mystique et tangible à la fois nous rappelle que la beauté, parfois cachée, attend d’être révélée à celui qui sait écouter le murmure des pierres…
Plus tard, nous regagnons le centre-ville à pied. À la terrasse du café 63, une limonade fraîche à la main, nous laissons le temps ralentir dans la tiédeur de l’après-midi...
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Grottes du mythe du Dragon
« Il y a de nombreux siècles, la grande grotte située près du Monastère de Mavriotissa était une mine d’or, gardée par un dragon qui crachait du feu et des fumées toxiques.
Après la fondation de Kastoria (VIIIe ou IXe siècle), le premier roi de la ville, Kastor, voulant divertir son frère et ses invités Polydeuces ainsi que son beau-père, le prêtre Keli, révéla l’immense caverne. Cependant, la présence d’un dragon empêchait quiconque d’approcher la grotte. Le roi promit alors de grandes récompenses à celui qui tuerait le dragon. Un jeune homme courageux se présenta.
Le combat contre le dragon fut rude et féroce. Les rochers aux alentours tremblaient et l’eau s’agitait alors que le jeune homme frappait le dragon de sa lance. Le monstre fut tué et flotta sur les eaux du lac. Les gens célébrèrent et remercièrent le dieu Panas. Plus tard, ils entrèrent plus profondément dans la grotte, portant des torches allumées et baissant la tête pour éviter de heurter stalactites et stalagmites.
La grotte semblait s’étendre encore et encore sur des kilomètres, et l’atmosphère devenait étouffante à cause du manque d’oxygène. À un endroit où le tunnel se rétrécissait, les torches s’éteignirent et une obscurité épaisse les enveloppa tous. Puis ils entendirent une voix étrange dire : “Celui qui ose attraper une poignée de boue sous ses pieds s’en réjouira !” Les plus courageux se mirent à genoux, prirent la boue et remplirent leurs poches. Ceux qui n’osèrent pas le faire restèrent à l’écart. Quand ils revinrent à la lumière du jour, ils réalisèrent, à leur grande surprise, que ce n’était pas de la boue qu’ils tenaient dans leurs mains, mais de la poussière d’or ! »
[Tradition mythique de la Grotte du Dragon, écrite par le folkloriste D. Giannousis (Acropolis 11-07-54)]








































































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