vendredi 1 août 2025

Vendredi 1 août 2025 - La Tour Blanche à Thessaloniki...

Alors que nous savourons tranquillement une boisson chaude, confortablement assis dans ce café familier, mon regard, un instant distrait, s’attarde sur deux silhouettes qui sortent avec une grâce certaine. Grandes, élégantes, presque félines dans leurs allures, elles arborent ce je-ne-sais-quoi d’assurance que confèrent les tenues soigneusement choisies — un soupçon de cuir ici et là, subtilement dosé pour suggérer plus qu’imposer. Chacune porte un sac au design affirmé, frappé du nom “LAPEL Leather Collection”, avec en lettres fines une adresse bien connue. Tout porte à croire qu’il s’agit là d’un bel après-midi de flânerie, dédiée, sans doute, aux plaisirs du lèche-vitrines. Il faut dire que la boutique — en bord de mer, à une vingtaine de minutes à pied — se trouve non loin de ce second Starbucks où nous aimons, à l’occasion, nous détendre. Les voir ainsi s’éloigner, presque chorégraphiées par le hasard, ajoute une touche de cinéma à cet instant suspendu — simple, doux, avec un soupçon d’élégance dans l’air...



Thessalonique a été fondée en 316/315 av. J.-C. par Cassandre, roi de Macédoine. Sa population initiale comprenait les habitants de 26 petites villes de la région plus large, qui furent transférés là-bas. Cassandre donna à la ville le nom de sa femme, la sœur d’Alexandre le Grand.

 

Le choix de Cassandre pour l’emplacement spécifique s’est révélé extrêmement judicieux, comme l’attestent le temps et l’histoire. Construite dans une région riche en ressources productives, protégée par le mont Hortiatis, en profondeur dans le golfe Thermaïque, qui offrait sécurité aux navires et une ouverture vers la mer, avec des rivières formant des voies naturelles vers l’arrière-pays balkanique, Thessalonique, véritable carrefour de terres et de routes aquatiques, avait le destin que peu de villes européennes ont connu : une histoire longue et continue, la présence et le caractère d’une grande cité.

 

Cosmopolite dès l’Antiquité, comme en témoigne le culte de diverses divinités venues de la Grèce antique et de l’étranger, d’Égypte et d’Orient, Thessalonique fut d’abord familiarisée avec le christianisme en 50 ap. J.-C., lorsque saint Paul l’Apôtre lui rendit visite pour la première fois et enseigna dans une synagogue juive. Durant l’époque byzantine, Thessalonique fut la deuxième ville la plus importante après Constantinople, "la première après la Première" comme l’appelaient les auteurs byzantins. Sous la domination ottomane, Thessalonique conserva son importance, devenant le plus grand centre urbain de la partie européenne de l’Empire ottoman, une société multiraciale. Après sa libération en 1912, la ville fut intégrée à l’État grec.

 

Grâce à sa situation géopolitique, Thessalonique a toujours été un carrefour où des personnes de religions et d’origines culturelles différentes se sont rencontrées et ont cohabité pendant de longues périodes. Cependant, la ville a toujours conservé son caractère grec, renforcé par la venue de réfugiés grecs d’Asie Mineure en 1922.

 

L’exposition de la Tour Blanche présente de manière concise des aspects de l’histoire de la ville à travers le temps, dans le but de stimuler l’intérêt des visiteurs à mieux la connaître, ainsi que ses monuments et ses musées thématiques.

 

Le but de l’exposition n’est pas de transformer la ville en musée, mais de la présenter à ses visiteurs et, surtout, à ses citoyens. Cette connaissance est essentielle pour que les visiteurs réalisent l’historicité et la valeur de la ville, afin de respecter la cité elle-même. La création d’un tel lien est d’autant plus nécessaire aujourd’hui, puisque Thessalonique accueille encore de nouveaux habitants, qui cherchent un lieu où s’installer.

 

 

La refonte urbaine de Thessalonique

 

Le grand incendie destructeur de 1917 fut le point de départ de la refonte urbanistique de Thessalonique. À l’initiative du Premier ministre Elefthérios Venizélos et du ministre des Transports Alexandros Papandreou, en octobre 1917, fut constituée la Commission internationale du Nouveau Plan de Thessalonique, dirigée par l’archéologue, urbaniste et architecte français Ernest Hébrard.

 

Le plan de réaménagement urbain et d’extension de la ville était prêt l’année suivante. Il prévoyait de grandes places publiques, des blocs carrés, de larges axes de circulation perpendiculaires à la mer, des diagonales, des boulevards, la suppression des impasses et des avenues à sens unique. Pour l’application du nouveau plan, il fut proposé l’expropriation des terrains sinistrés par le feu et l’interdiction de la reconstruction immédiate par les propriétaires.

 

Le nouveau plan ne fut ni entièrement ni strictement appliqué, mais modifié. Les principales raisons furent :

 

Les réactions des propriétaires des zones incendiées.

 

Le changement de gouvernement en novembre 1920, qui plaça Venizélos dans l’opposition.

 

Les péripéties militaires de la Grèce en Asie Mineure.

Néanmoins, le plan fut suivi dans ses grandes lignes, en ce qui concerne l’extension du centre-ville vers l’ouest et l’est jusqu’à la Tour Blanche, la création d’une zone industrielle et ouvrière à l’ouest de la ville, la position de l’université hors des remparts à l’est, et la cartographie d’une grande partie du réseau routier.

 

La place et la rue Aristotelous constituent l’axe principal de la nouvelle conception par Hébrard. À l’origine, le plan prévoyait la création d’un centre administratif, qui aurait inclus le palais du Gouvernement, les ministères régionaux, la préfecture et le palais de Justice. Seule une partie de ce plan fut réalisée, le reste du terrain ayant été attribué à la construction de la place Aristotelous et du Marché Modiano. La place de la Justice, prévue par le plan, fut partiellement réalisée et n’existe plus aujourd’hui sous ce nom, à part la place Dikastirion (place du Tribunal).

 

 

La vie dans la Thessalonique antique

 

Avec les conquêtes d’Alexandre le Grand en Asie et en Égypte, la culture de la Grèce antique fut confrontée à des civilisations différentes, qu’elle influença mais dont elle fut aussi influencée. L’époque hellénistique (323-30 av. J.-C.), appelée aussi période des successeurs d’Alexandre, puis l’époque romaine, se caractérisent par la grande mobilité des peuples et par l’intégration de la ville dans un vaste espace géographique où dominait la langue et la culture grecque. Thessalonique, fondée au début de la période hellénistique, vécut pleinement cette diversité culturelle.

 

Les habitants de Thessalonique vivaient dans des maisons organisées autour d’une cour intérieure. Selon leur âge ou leurs intérêts, ils étaient regroupés en différentes associations à caractère social et religieux. Les adolescents, les jeunes et les personnes plus âgées avaient leurs propres cercles, les jeunes garçons suivaient des entraînements dans les gymnases et participaient à des concours sportifs.

 

Il y avait de nombreux étrangers à Thessalonique : Romains, Juifs, Asiatiques, Thraces, Grecs d’autres régions et de Macédoine, habitants de la côte sud de la mer Noire, qui se sont installés dans la ville, venant pour le commerce ou après avoir été déplacés par les Romains. Surtout durant l’époque romaine, mais aussi plus tôt, les populations asiatiques, venant de diverses régions d’Asie, notamment de Bithynie, étaient nombreuses.

 

Le caractère multiculturel de Thessalonique se reflète aussi dans la multitude de cultes. Les dieux de la Grèce classique étaient toujours présents, en tête Dionysos. Parallèlement, de nouveaux dieux venus d’Égypte et d’Orient firent leur apparition. Parmi les cultes dominants, on trouvait celui d’Isis et de Sarapis, dont le sanctuaire était situé sur la rue Dioiketeriou. On vénérait aussi Cabirus, qui devint plus tard le protecteur de la ville. Plus tard, à l’époque chrétienne, Cabirus céda une partie de ses caractéristiques et de son rôle à Saint Démétrios, qui devint le protecteur de la ville.

 

La structuration sociale et économique de Thessalonique se reflète aussi dans ses nécropoles. Celles-ci étaient situées à l’extérieur des murs de la ville. Selon les croyances de l’époque, c’est-à-dire la vénération des morts, les personnes enterraient leurs proches avec beaucoup de soins. Les tombes étaient soit en fosse, soit en larnax (petit cercueil en pierre), souvent avec des revêtements peints ou sculptés. Les morts étaient souvent accompagnés d’objets de la vie quotidienne, selon leurs origines culturelles, dans des tombes macédoniennes, à voûtes ou dans des sarcophages en marbre richement ornés. Les proches déposaient dans les tombes des offrandes et des objets considérés comme nécessaires ou utiles dans l’au-delà.

 

 

La musique à Thessalonique

 

Le paysage musical de Thessalonique, comme dans d’autres centres urbains de l’Empire ottoman, s’est teinté de musiques venues d’Europe. C’était un autre aspect du vent de réforme qui soufflait sur l’Empire ottoman à tous les niveaux dans la seconde moitié du XIXe siècle. Déjà au début du XXe siècle, la classe urbaine de la ville écoutait de la musique européenne dans les lieux de divertissement comme les clubs et les cafés-concerts. D’un autre côté, le peuple écoutait de la musique populaire et traditionnelle dans les cafés, même après la Catastrophe d’Asie Mineure de 1922, lorsque les Grecs réfugiés amenèrent aussi le rembetiko. La musique juive, quant à elle, s’exprimait avec la tradition séfarade et s’enrichissait de chansons influencées par les musiques des Balkans.

 

Parallèlement à cela, il y avait au début du XXe siècle – et même plus tôt – des ensembles musicaux et de petites orchestres dans la ville. La première tentative d’organisation philharmonique fut l’Orchestre du Panaféopouleion Orphanotropheio (orphelinat), qui possédait un orchestre complet dès 1908 ; il fut dissous en 1980. Après la libération de la ville en 1912 et jusqu’à la fondation de son propre orchestre municipal, l’offre musicale la plus organisée provenait du Centre du Léfkos Pirgos (Tour Blanche).

 

En 1914, le Conservatoire d’État fut fondé, avec comme premier directeur Alexandre Kazantzis, et parmi les professeurs Émilio Riadis et Loris Margaritis. Le conservatoire devint le principal foyer d’éducation musicale de la ville, la reliant à la grande tradition musicale européenne. Un deuxième conservatoire important fut le Conservatoire macédonien, fondé en 1926.

 

En 1959 fut créée au Conservatoire d’État la section de l’Orchestre Symphonique de Grèce du Nord, qui en 1966 devint indépendante et prit le nom d’Orchestre d’État de Thessalonique. En 1987 fut fondée l’Orchestre Symphonique de la Municipalité de Thessalonique, enrichissant encore davantage l’activité musicale de la ville.

 

Divers ensembles musicaux et chorales complétaient le paysage musical de la ville, jusqu’à l’ouverture du Mégaron de la Musique, inauguré en 2000, qui vint combler le grand vide qui existait sur la scène musicale de la ville. 



























Effigie d'Alexandre le Grand sur une pièce de monnaie


























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