jeudi 28 août 2025

Jeudi 28 août 2025 - Le cœur battant d’Ioánnina et le temps qui passe, mais ne s’efface jamais...

    En début d’après-midi, Patrick et moi nous attardons devant une maison de caractère abandonnée à son sort. Contre toute attente, sa complainte, portée par le souffle du vent chaud parvient jusqu’à nous :


    « Bonjour,

    Je vous remercie de prendre le temps de m’admirer. Autrefois, je fus le cœur battant d’Ioánnina, une maison pleine de vie, de rires et de secrets chuchotés au coin des salons. Mes murs rouges respiraient la chaleur d’un foyer et la promesse de rencontres sous la lumière dorée du soleil d’Épire. Aujourd’hui, je me tiens ici, patiente et fière, derrière ma grille forgée, cicatrices visibles sur ma façade. Mon balcon, qui autrefois accueillait des regards curieux depuis la rue animée, lutte contre le temps et les ombres qui s’étendent. Les voix qui résonnaient dans mes couloirs se sont évanouies, remplacées par le souffle du vent chaud qui danse entre mes fenêtres closes. J’entends les pas de ceux qui passent, je devine leurs sourires nostalgiques. Certains s’attardent devant moi, comme vous le faites maintenant, perçant le secret de ma solitude. Je suis la mémoire d’une époque révolue, témoin des désirs et des regrets, supportant les graffitis qui m’enlaidissent, moi qui fus soigneusement entretenue, décorée, aimée. Ma complainte est humble : Ô temps suspend ton vol… Rendez-moi le parfum des jasmins dans mon jardin, la mélodie du piano, les éclats de voix au petit matin. J’étais le refuge, le théâtre des amours naissantes, le havre des âmes en quête de paix. À présent je veille, silencieuse, sur une ville qui change sans me voir vraiment. Pourtant, j’existe encore. Sous chaque fissure, chaque trace, brûle le souvenir de ce que je fus. Qui saura entendre mon appel ? Qui viendra réveiller mes songes, faire revivre la passion dans mes murs ? Je ne demande qu’une chose: que l’on me regarde non comme une ruine, mais comme une promesse. La beauté oubliée n’est jamais tout à fait morte, elle attend patiemment que renaissent la lumière, et la vie.  Merci, voyageurs, de m’avoir écoutée. Merci d’admirer ce que je suis, et ce que je pourrais redevenir. »


    Plus tard, dans la mosquée-musée Aslan, Patrick et moi rencontrons, en décalage temporel, le roi Georges Ier de Grèce et la reine Olga Constantinovna de Russie. Georges Ier a régné en tant que roi des Hellènes à partir de 1863, et son épouse Olga est devenue reine des Hellènes de 1867 à 1913. Ensemble, ils nous ont invitée à parcourir l’histoire intense et légendaire de ce lieu chargé de mémoire. La mosquée Aslan, construite en 1618 par Aslan Pasha sur les ruines d’une ancienne église byzantine, symbolise la transformation et le mélange des cultures à Ioánnina. Ce sanctuaire témoigne d’un passé où les âmes grecques, juives et musulmanes ont vécu, prié et cohabité dans un souffle commun. Ses voûtes ont abrité les récits du Coran, les secrets des manuscrits juifs, les éclats de bijoux d’argent et les habits brodés témoignant d’un artisanat une fois prospère. Là, des pierres anciennes racontent la résistance de la ville contre les invasions, notamment grâce à l’empereur Justinien qui fonda sur ces terres une forteresse imprenable. Sous le regard de ce passé immortel, la mosquée-musée nous murmure encore le fracas des révoltes, la ferveur des prières et la douce mélodie d’un vivre-ensemble rare, invitant quiconque entre en ses murs à ressentir le poids et la beauté du temps qui passe, mais ne s’efface jamais...































































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