vendredi 29 août 2025

Ioánnina : le murmure du passé aux côtés des voix du présent…

    Certaines rues du centre de Ioánnina ressemblent à des « scènes post-apocalyptiques » avec des vitrines murées par des affiches, des tags et un aspect laissé à l’abandon. Patrick et moi sommes interpellés par leur nombre élevé. Nous avançons avec curiosité devant ces devantures défraîchies, témoins d’une vie commerçante qui s’est lentement éteinte, emportée par la crise et le temps qui passe. Chaque porte verrouillée renferme les rêves, parfois déçus, des familles, la routine interrompue des artisans et la mémoire d’achats joyeux effacée par la poussière et l’oubli. L’impermanence se manifeste ici avec éclat: tour à tour, le commerce local cède sa place à l’absence, les murs se parent des cris muets des graphismes et des slogans, et tout ce qui fut apprécié ou animé se fond dans la solitude de la pierre. Il y a dans ces rues une mélancolie qui dépasse le simple décor urbain: elle raconte l’histoire d’une ville confrontée aux tourments de l’économie, aux caprices du progrès et à l’érosion lente des habitudes. L’abandon s’y exprime sans colère, comme un rappel subtil que tout sur Terre est voué à changer, à s’effacer puis à renaître sous d’autres formes. Nous mesurons, face à ces façades, la fragilité du présent et la certitude qu’un jour, même le passé de ces commerces sera à nouveau recouvert, transformé ou oublié…


Patrick et moi découvrons fortuitement l’ancien marché Saint-Nicolas, enfoui au cœur de la vieille ville de Ioánnina, là où le temps semble s’être arrêté. Jadis, ce lieu vibrant et foisonnant était une véritable ruche, un carrefour où s’entremêlaient les voix, les rires et les musiques des artisans et commerçants qui animaient chaque ruelle. Mon esprit s’évade à cette époque où les étals regorgeaient de bijoux éclatants, de soieries précieuses et de trésors offerts par des mains habiles, alors que le marché, fondé près du monastère de Saint-Nicolas, tissait le lien vivant d’une communauté diverse et foisonnante. Sous l’ombre bienveillante des anciens murs, résonnent encore les échos de marchands ottomans et pionniers des Balkans qui donnaient à ce lieu toute sa magie. Aujourd’hui, la végétation a repris ses droits, s’infiltrant timidement entre les grilles rouillées, rappelant doucement la splendeur enfuie de ce grand théâtre populaire. En marchant là, Patrick et moi ressentons la poésie d’un passé qui ne meurt jamais vraiment, un passé où chaque pierre, chaque recoin raconte l’histoire d’une vie communautaire intense, d’un marché qui fut le cœur battant de la ville. Ce n’est plus qu’un vestige, certes, mais un vestige chargé d’âme, un livre ouvert sur la mémoire profonde et plurielle de Ioánnina...


Plus tard, Patrick et moi nous offrons des instants de détente gourmande chez Gioldasis où deux charmantes jeunes filles animent le salon de thé. Elle nous servent un café latte et une infusion hibiscus-pomme. Assis autour d’une table entre murs fleuris et lumière dorée, la douceur du lieu se mêle à celle de nos pâtisseries : Patrick laisse fondre un cheesecake aux fruits rouges dont l’onctuosité et la pointe acidulée éveillent ses papilles, tandis que je succombe à la générosité de la forêt noire, entre chocolat intense et crème légère. Autour de nous, l’ambiance raffinée, ponctuée de bouquets et de sourires, donne à chaque moment le goût du bonheur, simple et partagé…





























































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