dimanche 14 septembre 2025

Dimanche 14 septembre 2025 - Piazza Navona, Piazza di Spagna et « Babingtons Tea Rooms »...


    En 1893, deux jeunes Anglaises, en quête d’un ancrage raffiné au cœur de la Ville Éternelle, rêvèrent d’établir un salon de thé dans les ruelles vibrantes de Rome. Isabel Cargill, fille intrépide du capitaine Cargill — fondateur lointain de Dunedin en Nouvelle-Zélande — et Anna Maria Babington, héritière d’un nom marqué par les tourments de l’Histoire, celui d’Antony Babington exécuté dans les tourments du siècle élisabéthain pour sa main trop proche d’une conspiration. Deux histoires éloignées par le temps et les continents, que la fortune mena à se croiser, portés par un audacieux projet commun.


    Elles mirent en partage leurs économies — cent livres d’Isabel et une contribution plus généreuse d’Anna Maria — afin de donner naissance, au cœur de Rome, à un lieu d’élégance et de réconfort pour la communauté anglophone: un salon où l’arôme du thé se mêlerait au parfum des livres, tissant un havre de conversation et d’intimité feutrée.


    Il faut rappeler qu’alors, depuis plusieurs générations, les jeunes Anglais avaient coutume de s’élancer vers le « Grand Tour », voyage initiatique à travers l’Europe en quête de beautés antiques et de derniers savoirs. Leur route menait presque immanquablement à Rome, ce carrefour de mémoire et de lumière, où l’on pouvait croiser les ombres illustres de leurs prédécesseurs: Walter Scott établissant ses quartiers au 11 de la Via delle Mercede, Turner retrouvant ses visions sur la Piazza Mignanelli, Browning séjournant Via Bocca di Leone, et Lord Byron lui-même, rêvant au-dessus de l’Escalier espagnol dans la demeure qui abrite aujourd’hui le musée Keats-Shelley. Ainsi, autour de la place d’Espagne s’était peu à peu formée une enclave anglaise, une petite patrie d’outre-Manche plantée au milieu des pierres centenaires.


    C’est là, à quelques pas seulement, que le mardi 5 décembre 1893, les deux jeunes femmes ouvrirent leur établissement au 66 de la Via Due Macelli. Elles le baptisèrent « Babingtons Tea Rooms », un nom choisi moins par vanité que par harmonie pratique, Babingtons se prononçant avec plus de facilité sur les lèvres italiennes que Cargill. Mais pour que le rêve prenne corps, Anna Maria et Isabel avaient dû franchir un ultime obstacle: importer leur univers d’Angleterre. Car en Italie, les théières demeuraient presque inconnues, tout comme les tasses, les soucoupes et les délicates porcelaines sans lesquelles la cérémonie du thé perdait son âme. Ainsi, dans les caisses venues de Londres s’entassaient promesses de raffinement et éclats d’exil, prêts à faire naître, au cœur de la Rome trépidante, une enclave de brume anglaise et de douce mélancolie…

















































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