Nous quittons l’hôtel Orientale après onze heures, le cœur léger, une fois le règlement effectué auprès d’Andrea. Il se chargera d’offrir, en notre nom, à Federica le livre acheté à Kodou, un présent pour ses enfants, promesse d’histoires partagées. Quelques minutes plus tard, sur le Corso Umberto I baigné de lumière, Alina nous accueille en terrasse chez Valentino Caffè Caffetteria. L’arôme d’un macchiato se mêle à celui d’un café d’orge, prélude discret au repas de midi. Nous commandons deux Crescia Vegetariana, généreuses, accompagnées de patate dippers dorées, craquantes à souhait. Alina, souriante malgré le vent frondeur qui chahute ses sets de table comme des cerfs-volants indisciplinés, nous confie que la brise ne prend jamais de vacances ici, soufflant vaillamment toute l’année. Après ce repas simple et savoureux, nous cédons à la douce tentation d’un café glacé dolce di Lecce et d’un pasticciotto encore tiède, gâteau qui me met le soleil à la bouche. Ragaillardi, je salue Alina d’un Vi auguro una bella vita, puis quittons la terrasse comme on ferme derrière soi un petit chapitre heureux. La gare nous attend, et l’aventure reprend. Pour éviter le détour des escaliers du souterrain —petit détour clandestin — je traverse les voies à l’extrémité des quais, malicieux raccourci vers notre départ. À treize heures quarante-cinq, le train s’élance vers la prochaine escale.
Entre Brindisi et Bari, le train déroule sous nos yeux la lumière dorée des Pouilles. Le temps s’étire, paisible, tandis que la campagne danse au rythme du voyage. À travers la fenêtre, presque en suspens au rythme paisible du rail, apparaît soudain Ostuni, une perle blanche qui surgit du paysage à peine à mi-chemin. Ses maisons éclatantes blanchies à la chaux semblent capturer la lumière du soleil, projetant un halo presque magique sur la campagne environnante. Je devine la douceur d’un labyrinthe ancien, ses ruelles étroites serpentant entre ses murs immaculés, comme un secret que la ville chuchote au voyageur furtif. À peine le train ralentit-il en gare que j’imagine les voix et le murmure chaleureux d’une vie vibrante sous le ciel immense. Ostuni, visible comme une apparition, me fait rêver : un éclat immobile dans le mouvement et l'impermanence.
Plus tard, la fantaisie s’invite sous une forme inattendue : le train joue avec les noms et nous entraîne à Monopoli. Comment ne pas sourire à l’idée de poser une maison verte sur une trattoria, ou d’installer un hôtel rouge sur le quai de la gare ? Monopoli devient alors un plateau imaginaire où les ruelles se transforment en cases colorées. Nous avançons dans ce jeu grandeur nature comme des pions rieurs, surpris à chaque instant par une carte improvisée du destin : « Chance, vous gagnez une passeggiata romantique » ou « Caisse de communauté, partagez une boule de gelato ! ». Ce clin d’œil ludique achève de transformer le voyage en une partie joyeuse, où nous avançons au lancer de dés virtuel et au rythme facétieux de la dolce vita.
Le train entre en gare de Bari à quinze heures. Nous gagnons sans tarder notre hôtel et, moins d’une demi-heure plus tard, Debora, rayonnante, nous accueille. Elle porte un chemisier blanc brodé de son prénom, comme une signature discrète sur sa cordialité. Elle nous confie les clés du studio 170, niché au cœur de la résidence Moderno, dans un îlot calme accessible par quelques marches descendantes, comme si l’on pénétrait dans un petit cocon.
Le hasard, joueur décidément, nous conduit ensuite au Bar Moderno Gran Pasticceria, à une quinzaine de minutes de marche. Le nom fait sourire : deux Moderno dans la même journée ! Là, sous la terrasse ombragée, Sabrina nous accueille avec une chaleur douce et nous entoure de sa prévenance. Quelques instants suffisent pour que le monde se concentre sur un café, une camomille, quelques douceurs et un sourire. Sabrina nous chouchoute le temps de notre présence, comme si nous étions de vieux amis retrouvés après une longue absence…







































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