Les trains au départ de Brindisi connaissent aujourd’hui des retards principalement à cause d’une grève nationale du secteur ferroviaire en Italie. L’enceinte de la gare est noyée de voyageurs en effervescence. Patrick et moi montons dans le premier train au départ pour Lecce, sans savoir si nous pourrons revenir ce soir. Plus tard, contre toute attente, nous sommes contraints de rebrousser chemin en gare de Squinzano, notre train étant bloqué à cause d’un accident grave sur les voies. Un homme a été percuté par un train, provoquant une interruption totale du trafic vers Lecce. Ne pouvant poursuivre notre voyage, nous restons à bord du train qui, forcé par la situation, retourne sur ses pas vers Brindisi, d’où nous étions partis. Le silence, empreint de réflexion, accompagne ce retour inattendu, alors que les secours interviennent encore sur place.
Plus tard, dans la Via Taranto à Brindisi, arrêtés au milieu de la chaussée, une mère donne un trousseau de clés à son jeune fils à vélo, avec bien des directives. À quelques pas, je bavarde avec un Albanais et un jeune Sicilien, arrêtés sur l’instant à bord d’un véhicule Piaggio à trois roues, de couleur verte. Ailleurs, un chat caméléon se faufile prestement à notre approche le long d’un muret en pierre ocre blond. Nous approchons des flots. Nous voyons à une courte distance le navire Seabourn Encore, construit par les chantiers Fincantieri pour la Seabourn Cruise Line.
Nous déjeunons après midi trente sur la terrasse abritée du restaurant Spilusi, niché dans un bâtiment historique aux voûtes en pierre. Pizza végétarienne, fromage Fontina gratiné et pommes de terre rustiques composent la partition de notre repas. Par la suite, les minutes nous trouvent à la Caffetteria Letteraria Nervegna sur la Via Duomo…
Aux alentours de dix-sept heures trente, le balcon de la chambre, devient théâtre, spectateur privilégié comme nous d’une scène maritime éphémère. Là-bas, dans la lumière déclinante, le Seabourn Encore s’éloigne lentement du quai, glissant avec majesté entre les immeubles serrés, son vaste flanc effleurant la rive comme une parenthèse blanche sur la ville. Derrière lui, petit et vigilant, le bateau-pilote l’escorte, infatigable guide sur la voie liquide, tandis que l’immense paquebot franchit le seuil du port, pareil à un rêve d’outremer qui s’évapore à l’horizon. Soudain, dans le ciel limpide, un avion Ryanair survole l’élégant vaisseau, croisant ainsi l’odyssée horizontale du navire par la promesse verticale du voyage aérien. Deux mondes se saluent fugacement : celui de la mer et celui des airs, tous deux porteurs de départs et d’aventures incertaines. Ce spectacle, fugitif et grandiose, vient couronner cette journée de l’inattendu – une offrande de beauté et d’ailleurs, suspendue entre les toits, les palmiers et l’azur, comme un clin d’œil du hasard aux deux voyageurs que nous sommes…





























































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