Midi trente s’éloigne quand la porte de l’hôtel Orientale se referme derrière nous et que la clarté blanche du Corso Garibaldi nous cueille comme un appel au large. A quelques pas, Alicia nous accueille au magasin Gipsy. Volubile et cordiale, elle nous guide entre les rayons et les sacs de voyage qui promettent l’aventure. Quelques échanges en italien, un rire éclate, et déjà une valise Bric’s s’ajoute à notre histoire, remplaçant mon ancienne, témoin d’autres mondes et d’autres années, depuis un achat de 2016 chez Manora à Genève pour un périple en Australie. Elle a rendu l’âme par une roulette vacillante ; il était temps de lui offrir une jeune sœur italienne, héritière d’un savoir-faire né en 1952, toujours porté par la famille fondatrice.
Puis vient le frémissement des couverts au restaurant Betty, en bord de mer, terrasse vibrante, l’eau à portée du regard. Rita, telle une chef d’orchestre en chemise blanche, inscrit à notre tour sur son calepin notre envie commune de penne au fromage scamorza et à l’aubergine. Elle distribue les feuillets aux serveurs et serveuses. Soudain, s’avance, comme jaillie du décor, une jeune femme coiffée d’un foulard de couleurs, tee‑shirt vert, jean clair, un enfant emmailloté dans une étoffe rayée dormant à son dos : Kodou, de Dakar, sourit et déploie des éventails et des livres, articles d’un quotidien rythmé par la parole. Nous choisissons La mia Dakar de Jean‑Baptiste Leccia, récit d’une traversée saharienne vers l’âge adulte, publié en italien chez Modu Modu. La conversation s’épanouit en français, légère, fraternelle, salée d’air marin, fleurissant entre rires et confidences. Kodou vient de Dakar, habite un petit village près de Lecce, transplantée dans ces Pouilles où l'olivier dialogue avec le baobab de sa mémoire.
L’après‑midi s’étire au fil des ruelles de pierre, jusqu’à la Piazza Santa Teresa et à la fontaine aux lignes sévères, ce grand voile de marbre vert édifié en 1940 au pied de la place — une eau qui tombe à même le mur, gardée par l’aigle et les armoiries ; mémoire gravée d’un temps dédié à Vittorio Emanuele III. Et là, au détour d’une ruelle, surprise, la ville, mystérieuse et généreuse, orchestre des retrouvailles singulières, au hasard de la chaleur et d’un vent plus chaud qu’hier. Kodou nous apparaît, assise sur un banc. Nous nous sourions. Une photo retient sa présence. Des paroles s’échangent. Nous redescendons ensuite vers le front de mer. Je photographie quatre couples de garçons avec l’appareil de celui qui tentait de prendre un selfie collectif.
Plus tard, plus en avant, un yacht baptisé Blue Luxembourg sommeille aux amarres. Une femme, à bord, consulte son téléphone — image parfaite de notre époque connectée même en pleine évasion maritime. La promenade reprend son fil jusqu’aux courses chez Bricam — l’inattendu : Kodou surgit entre deux rayons ; trois fois le sourire. Quel synchronisme ! Un dernier clin d’œil ! Fil rouge de notre journée qui nous écrit un refrain d'émotions et de rencontres, trois fois offertes, trois fois reçues. La vie nous rappelle que les plus beaux voyages sont ceux où l'imprévu devient familier, où l'étranger devient ami, où le hasard révèle sa face la plus généreuse…







































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