Nous sortons vers midi. Nous déjeunons, comme hier, au ristorante Palazzo Tempi. Ilaria, souriante, nous accueille. Son prénom évoque une personnalité lumineuse, optimiste, vivante et chaleureuse. Ilaria incarne la joie, la légèreté et la vitalité dans l’imaginaire italien. Patrick savoure le même plat dont je me suis régalé hier. Nous savourons chacun un café Affogato en dessert. Après le repas, nous nous promenons le long de la rivière Arno où l’onde paisible se plaît à jouer le rôle d’un miroir séducteur. Il me semble entendre son murmure sous le ciel d’azur : « Vous me contemplez, voyageurs de passage, mais savez-vous seulement qui je suis ? Moi, l’Arno, je n’ai cessé de porter dans mon lit les reflets changeants de cette cité que j’ai vu naître, prospérer et vaciller. Mes flots ont caressé les quais de bois d’autrefois, témoins des chuchotements des artisans, des cris des bateliers, des amants nocturnes qui pensaient me confier leurs secrets sans savoir que je les emporterais au large des siècles. J’ai vu les Médicis se pencher vers moi comme vers un oracle, j’ai reflété leurs palais aux façades sévères, leurs fastes et leurs complots. Dans mes eaux se sont dissoutes les cendres des vanités, et pourtant, j’en ai gardé l’éclat, comme on garde dans la pupille un éclat de soleil malgré le temps. J’ai connu la douceur des fêtes, les lumières des bals masqués qui dansaient sur mes vagues, et j’ai senti passer sur mes rives les ombres des exilés, ceux que Florence célébra puis chassa. Aujourd’hui encore, je m’entête à murmurer : je raconte aux pierres du Ponte Vecchio ce que j’ai porté jadis – le tumulte des guerres, le silence des pestes, le souffle inquiet des prières. Je change de couleur selon l’humeur des hommes et des saisons : tantôt je me teins d’or pour flatter la gloire de leurs rêves, tantôt je m’assombrie, alourdie de leurs peines ou de leurs indifférences. Mais moi aussi, j’ai mes colères, et lorsque je déborde, je ne fais que rappeler à cette ville qui m’oublie par instants que sans moi, elle n’aurait ni ses ponts, ni ses reflets, ni l’éclat insaisissable qu’offre l’eau au marbre et à la pierre. Je suis un témoin et un acteur, une blessure et une caresse. Vous marchez le long de mes rives, inconscients peut-être que mes ondes conservent en silence vos propres pas, vos chuchotements fugitifs, vos regards émerveillés. Demain, d’autres viendront, mais moi je resterai, infatigable, portant vers la mer le passé et l’avenir de Florence. »
Plus tard, nous traversons le Ponte San Niccolò, à l’extrémité est de la ville, dans le quartier d’Oltrarno. Il relie le centre urbain aux quartiers résidentiels plus calmes situés en aval. Historiquement, le Ponte San Niccolò a connu plusieurs incarnations. À l’origine, un pont suspendu avec des câbles métalliques fut bâti entre 1836 et 1837, dédié au Grand-Duc Ferdinand III, avant d’être reconstruit en métal après une crue en 1844. Ce pont du XIXe siècle s’appuyait sur trois arches métalliques. Il fut renommé après la fin du Grand-Duché, en référence au quartier voisin San Niccolò. En 1944, il fut détruit lors de la retraite des troupes allemandes à Florence. La structure que nous voyons aujourd’hui date de l’après-guerre, conçue par l’architecte Riccardo Morandi, caractérisée par son unique arche en béton. À proximité du pont, nous avons admiré la Torre San Niccolò, une ancienne porte fortifiée érigée en 1324 par Arnolfo di Cambio, qui faisait partie des murailles défensives de Florence. Cette tour, remarquable par sa stature conservée et son sommet crénelé, servait à contrôler l’accès au quartier d’Oltrarno. Elle est l’un des rares vestiges médiévaux des fortifications encore visibles aujourd’hui.
Nous revenons au centre-ville par la rive opposée. Soudain, mon regard est captivé par une grande dame des années 1950, une Cadillac Fleetwood, imposante et voluptueuse, déposée là comme un éclat d’Amérique sur la pelouse toscane. Son toit blanc contraste avec sa robe noire, ourlée de chrome, qui miroite sous le soleil florentin ; ses ailerons majestueux effleurent les palmiers, et elle semble avoir pris racine au bord de l’Arno comme une créature mythique venue rêver d’un autre continent. Je m’approche, fasciné par l’éclat de ses phares jumelés, de sa calandre racée, de ses récits de voyages et de nuits étoilées gravés dans la courbe de ses flancs. Autour d’elle, la dolce vita s’incarne dans l’insouciance des chaises longues, dans le bruissement des conversations à l’ombre des arbres. La Cadillac, imperturbable, semble écouter le murmure du fleuve, gardienne silencieuse des secrets de Florence et messagère d’époques révolues, où le rêve d’Amérique et la poésie italienne se donnent la main dans les reflets de l’Arno.
Plus en avant, nous effleurons Le Rêve de Naim, un hôtel élégant situé. Sur la Piazza Piave, tout près du fleuve et des principaux sites historiques tels que la Galerie des Offices, le Ponte Vecchio et la Piazza del Duomo. L’établissement propose treize suites spacieuses. L’hôtel porte le nom de son fondateur, Massimo Naim, un entrepreneur dans le secteur hôtelier propriétaire à Rome et Florence de divers établissements haut de gamme sous la marque « Le Rêve de Naim ».
Nous suivons la Via Tripoli. Nous rencontrons Claudio, un Italien de Florence, qui a parcouru 38000 kilomètres en Europe en deux cents jours à bord de sa Smart globe-trotteuse. La petite voiture, tout sauf discrète, arbore une robe crème ornée d'une multitude de stickers multicolores, étendards des frontières franchies et souvenirs de clubs automobiles. Sur son toit trône une galerie orange qui lui donne l’allure d’un vaillant véhicule d’expédition — comme prête à s’élancer vers d’autres horizons, insouciante de sa taille modeste. Les roues, éclatantes de rouge, semblent animées d’un esprit d’aventure, tandis que l’inscription “Explorer” brille fièrement, synonyme de conquêtes et de découvertes. L’habitacle déborde d’objets accumulés au fil des routes : cartes, mascottes, outils, témoignages de la vie nomade. À l’arrière, des dizaines d’écussons célèbrent le passage dans chaque pays traversé — « Le monde est ta maison, la route le moyen de tout voir », lisons-nous dans un italien malicieux. Cette Smart Explorer, infatigable, fait figure d’héroïne miniature, prête à affronter chaque virage du globe, portée par la curiosité solaire de son conducteur. Une poignée de main est échangée. Chacun poursuit son voyage temporaire terrestre…
Nous passons tour à tour devant la Biblioteca dei Ragazzi et devant la Biblioteca Nazionale Centrale, sur la Piazza dei Cavalleggeri. Plus en avant, chez Pelletteria Souvenir Akhtar Salma, sur le Corso Tintori, j’achète, pour y glisser mon iPhone, une pochette en cuir rouge, pourvue d’une bandoulière longue et ajustable, à porter croisée ou à l’épaule. Cette maroquinerie proposant un large choix d’articles en cuir ou simili cuir, typique des boutiques de souvenirs artisanaux du centre historique. Ce type de boutique s’inscrit dans la grande tradition florentine de la maroquinerie : Florence demeure réputée pour son savoir-faire en matière de confection de sacs et articles en cuir, que ce soit à travers des adresses familiales ou des enseignes plus spécialisées. Vers seize heures, nous effectuons une pause chez Base V Juicery où Elena nous accueille. Son prénom, d'origine grecque, signifie « éclat du soleil » ou « flambeau » comme en grec ancien. Elena nous prépare deux smoothies au lait d’avoine, banane, ananas, curcuma, pollen et guarana.
Plus tard, nous entrons dans le Palaccio Vecchio, sur la Piazza della Signoria, où un adolescent joue magistralement sur un piano à queue. Une des musiques interprétées me renvoie à Toulouse, quand Ouriel m’apprenait un morceau des Gnossiennes d’Erik Satie…
































































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