vendredi 19 septembre 2025

Hier au ristorante Palazzo Tempi à Florence avec notre René...

 

    Patrick et moi avons déjeuné hier au ristorante Palazzo Tempi à Florence avec notre René. Durant le repas, notre ami, volubile, nous a conté nombre d'histoires variées, passées et présentes, dont celle d’un certain Emilio Fede, figure familière du téléjournal italien que René évoque avec un sourire complice et la vivacité d’un conteur de rue. Il nous a emmèné soudain à l’hiver 2003, au cœur de la guerre en Irak.


    Fede, directeur du TG4, doit annoncer lors d’une édition spéciale l’arrestation de Saddam Hussein — événement solennel, l’œil du pays rivé sur l’écran. Mais la régie, dans l’agitation du direct, confond les images et projette sur l’écran non pas le visage du dictateur capturé, mais celui de Silvio Berlusconi, alors président du Conseil et propriétaire de la chaîne. Un instant suspendu où la réalité chavire dans la comédie involontaire.


    René mima le journaliste, le regard exaspéré, croyant être hors antenne, lâchant cette exclamation qui deviendra célèbre : « Che figura di merda ! » — écho désabusé à ce fiasco technique qui, capté par les micros, s’échappe aussitôt dans le flot médiatique, sème le trouble et la gaieté dans les foyers. En quelques jours, la phrase glisse du bêtisier au mythe, portée par le sarcasme de Striscia la Notizia, qui en fait son refrain favori, prélude à une époque où le mème [Un mème est une image, une vidéo ou une phrase détournée et partagée massivement sur Internet, souvent pour faire rire ou commenter l’actualité de façon ironique. Il se propage de personne à personne, devenant un clin d’œil complice au sein de la culture numérique.] jaillit autant de l’embarras que du génie involontaire.


    Mais plus qu’un simple lapsus, l’affaire prend racine dans la mémoire collective. Fede lui-même, amusé par sa propre bourde, choisira « Che figura di merda » comme titre pour son autobiographie. L’expression circule, se fait clin d’œil national, et la gaffe technique se mue en allégorie des revers inattendus, parfois grotesques, de la vie publique italienne.


    René acheva son récit dans un éclat de rire, soulignant qu’au fond, ce moment tragiquement burlesque en dit long sur nos sociétés : l’erreur révélée, le mot de trop qui nous lie tous dans l’univers fragile et souvent absurde de l’information. À Florence, tandis que le soleil dansait sur l’Arno, la formule de Fede, relancée par la voix de René, traversa les frontières et s’invita à notre table, symbole d’ironie lucide et d’humanité désarmante…



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