Patrick et moi nous perdons dans le passé de Ioannina au travers de superbes édifices à différents stades de leur vie. Les murs de pierre qui nous entourent respirent le parfum des souvenirs d'une ville habillée d’éclat et de mélancolie. Chaque villa, chaque manoir se dresse comme le témoin discret de passions éteintes, d'ambitions effritées, d'hommes et de femmes dont les vies se sont entremêlées à la trame de l'Histoire. Sous la lumière dorée de l'après-midi, les façades fanées révèlent leurs secrets : balcons délabrés d'où fusent encore des rires dans l’imaginaire, fenêtres entrouvertes sur l'attente d'une nouvelle époque, portes anciennes veillant sur l’inexprimable des cœurs disparus. Au détour d’une rue, un discret ombrage laisse flotter les effluves de drames politiques et de bouleversements, là où la vie aristocratique a vacillé sous le poids d’événements tragiques. Nous marchons, émus, sur des pavés qui ont vu défiler les cortèges royaux tout autant que les pas anonymes, troublés par la beauté mélancolique de ces lieux marqués par le choix de leurs habitants, submergés parfois par la violence de l’Histoire. Dans chaque fissure, c’est la ville entière qui susurre : Ioannina se souvient et invite ses visiteurs à porter un instant la magnificence des souvenirs, furent-ils parfois douloureux.
Plus tard, dans la beauté des minutes émerveillées, nous nous arrêtons devant la vitrine d’une galerie d’art, où Jeff nous interpelle dans une œuvre de contrastes puissants signée Sylvain Sarrailh. Ce portrait de Jeff Goldblum s’ouvre sur un foisonnement de teintes ardentes, où l’orange et le jaune se disputent la lumière dans un écrin vibrant qui semble grésiller d’électricité. Les éclats de couleur — comme des écailles arrachées au temps — enveloppent le visage d’une aura incandescente, rappelant l’énergie magnétique de l’acteur lui-même. La gestuelle, capturée dans le fusain précis et le jeu de lumière, semble suspendre l’instant : le doigt dressé devant sa bouche entrouverte se fait énigmatique. Sa présence s’empare de l’espace, rappelle la tension et le mystère qui traversent ses personnages les plus mythiques – Seth Brundle dans « La Mouche », David Levinson dans « Independence Day », le chaos subtil du Dr. Ian Malcolm dans « Jurassic Park ». Autour de son portrait, la texture du fond, presque volcanique, dans un orange vibrant, lézardé de bleus et de jaunes, respire l’énergie brute, la tension de la création. Je contemple cette surface palpitante entre abstraction et figuration, et je sens que Jeff nous entretient d’un intangible et fantastique secret, entre le réel flamboyant et les mystères de l’imaginaire, à l’image de ceux qu’il insuffle dans chacun de ses rôles. Patrick et moi, au seuil du tumulte urbain, nous laissons envelopper par la force tranquille de cette présence picturale, témoin de l’art comme révélateur d’émotions profondes…
Manoir Misios dans la rue Asopiou
(construite en 1844 pour une famille Ioannina de notables,
et aujourd’hui complètement restaurée)
Manoir historique Lévi - rue Koundouriotou à Ioannina
Jeff Goldblum
Ecole Kaplaneios dans la rue Zois Kaplan à Ioannina





































































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